Mon père est parti à la guerre - John Boyne

Publié le 1 Septembre 2014

Vous n'ignorez sans doute pas que la Bibliothèque d'Aramon célèbre le centenaire du lancement de la Grande Guerre, la «der des der», comme on l'a souvent appelée.

Les bibliothécaires ont donc axé une partie de leurs achats de livres « Ados » sur cette commémoration. 

Mon père est parti à la guerre de John Boyne, qui vient de paraître chez Gallimard Jeunesse, complète cette sélection (l'auteur avait déjà écrit le très remarqué Le garçon en pyjama rayé).

Un livre à mettre entre toutes les mains.

 

« La première guerre mondiale vue à travers le regard d'un jeune garçon »

 

28 juillet 1914! Le jour où la guerre éclate le père d'Alfie promet qu'il ne s'engagera pas. Et rompt sa promesse le lendemain. Quatre ans plus tard, Alfie est sans nouvelles et plus déterminé que jamais. À 9 ans, c' est un jeune garçon très courageux, et travailleur pour deux. Débrouillard, il est entêté, et c'est son opiniâtreté qui va le servir. 


Le sujet central du roman est la vie à l'arrière du front.
Il est question du travail des femmes : la propre mère d'Alfie se voit obligée de faire des gardes à l'hôpital en plus des lessives qu'elle fait déjà. Côté travail, Alfie n'est pas en reste. Mais la guerre, ce n'est pas que les femmes mises dans les usines et à des postes clefs : c'est aussi l'expulsion de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un étranger ; c'est aussi le travail des enfants ; c'est également le retour de méthodes d'enseignement barbares et archaïques ; c'est encore les terribles comportements des gens vivant à l'arrière : l'intolérance envers les objecteurs de conscience, le mépris envers les hommes jeunes ne portant pas l'uniforme. On découvre un peuple uni par l'effort de guerre, et intolérant envers quiconque semble bafouer cet effort. On découvre surtout des sujets peu traités, et globalement pas trop ébruités à l'époque des faits.  

La vie à l'arrière est admirablement rendue ; la plume de John Boyne déroule les scènes, analysant les sentiments d'Alfie, qui conduit l'histoire avec une grande finesse. Alfie est consciencieux, courageux, et travailleur, certes. Mais il reste un petit garçon. Certaines scènes sont remplies d'émotion, et on a du mal à imaginer nos propres réactions dans les mêmes situations. l'auteur rend merveilleusement hommage aux soldats victimes de profonds traumatismes psychiques : un autre sujet tabou à l'époque, et qui a dû attendre de longues années avant d'être reconnu à juste titre. 

L'auteur ne censure pas l'horreur de la guerre, et en étudie les conséquences tant sur les soldats que sur les civils. L'auteur évite de raconter cette histoire de façon enfantine. Alfie ne comprend pas toujours immédiatement de quoi il est question, ou les enjeux des situations qui se proposent à lui. Mais il parvient toujours à comprendre, et c'est tant le cheminement que les découvertes qui sont passionnantes. Ses réflexions sont pleines de bon sens. Le style est fluide, la narration merveilleusement menée, le récit pudique, subtil, percutant et émouvant.  Si la fin est tout à fait satisfaisante, on ne peut toutefois se départir d'un sentiment de tristesse : si Alfie a neuf ans en 1918, cela signifie qu'il en aura trente en 39... 
En bref, John Boyne signe là un excellent roman !

Claudine

Rédigé par Bibliothèque Pour Tous

Publié dans #Jeunesse

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