L'étrangère - Valérie TORANIAN

Publié le 16 Octobre 2015

L’étrangère c’est Aravni et ce roman est un chant d’amour que lui adresse sa petite fille.
Aravni est née en Arménie ottomane et avait 17 ans au début du génocide.

En alternance avec les chapitres racontant la vie de sa grand-mère, l’auteure raconte sa propre adolescence auprès de cette « Nani » adorée qui tait son passé, cite Victor Hugo en arménien "Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil." et restera toute sa vie une étrangère, naturalisée française et très reconnaissante à la France, mais arménienne des ongles des pieds jusqu’à la pointe des cheveux.
Le contraste est violent entre la vie de l’adolescente choyée des années 70 en adoration devant sa grand-mère, et les horreurs que celle-ci a vécues à peu près au même âge.
     L’horreur des "convois" de marche des femmes et enfants arméniens subissant la déportation et l’extermination voulues par les turcos-musulmans à la tête de l’empire ottoman déliquescent.

     Crime contre l’humanité perpétré contre ceux qu’ils appellent « la race abhorrée » et qui ont en plus l’outrecuidance d’être chrétiens depuis le IVè siècle (de rite arménien) dans un pays musulman. Crime que le gouvernement officiellement "islamiste modéré" de leurs descendants essaie de répéter aujourd’hui contre les populations kurdes de Turquie sous couvert de la lutte contre Daesh.


Certaines scènes font froid dans le dos, en particulier celle où des bébés laissés près d’une source, dans l’espoir qu’ils soient recueillis et adoptés par des personnes bienveillantes, sont attaqués par une meute de chien. Mais malgré tout l’Amour suinte de chaque page.


Un grand roman d’amour pour sa "Nani" et pour la civilisation arménienne raffinée, lettrée, où l’instruction et l’éducation sont des vertus primordiales ; mais roman qui veut aussi faire mieux connaître aux lecteurs le premier génocide du XXè siècle, qui a tué 1.500.000 arméniens (soit environ 75% de leur population), fait 50.000 orphelins et 450.000 rescapés dispersés qui formeront la diaspora arménienne ; génocide nié par la Turquie et peu reconnu dans le Monde du fait des pressions exercées aujourd’hui encore par la Turquie.

Je suis arménienne, je suis issue de la même souche à malheurs que ma grand-mère et notre style, c'est de souffrir en silence. Chez nous, la joie est éphémère et le bonheur suspect.

L'entreprise d'extermination totale passe par la déshumanisation des victimes : faites-en des animaux, hagards, prêts à tout pour survivre ; ils oublieront qu'ils ont été des hommes et des femmes, ils perdront leur éducation, leurs valeurs, leur solidarité. Une fois qu'ils auront déserté l'espèce humaine, il n'y aura plus d'obstacles moral à les tuer tous. Vous ne vous attaquerez pas au genre humain. Vous ferez disparaître des bêtes rampantes.

Valérie Toranian est journaliste. Pigiste au milieu des années 1980, elle signe en 1989 ses premiers articles dans Elle. Elle fonde avec son premier mari, Jean-Marc Ara Toranian, la revue Les Nouvelles d'Arménie. En 1994, Valérie Toranian dirige la rubrique beauté du magazine Elle. Elle en devient rédactrice en chef en 1998, puis directrice de la rédaction en 2002.

En 2011, elle tient une chronique sur Canal+ dans La Nouvelle Édition animée par Ali Baddou.

En , Valérie Toranian quitte ses fonctions de directrice de la rédaction du magazine Elle. En décembre, elle devient directrice générale de la Revue des deux Mondes.

Bibliographie :

  • Pour en finir avec la femme, Grasset,‎
  • L’Étrangère, Flammarion,‎ - Grand prix 2015 de l'héroïne Madame Figaro. Ce prix récompense des ouvrages qui ont pour héroïnes des femmes exceptionnelles. 

Rédigé par Bibliothèque Pour Tous

Publié dans #Livres adultes, #Prix littéraires

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