"La part des flammes" de Gaëlle NOHANT

Publié le 2 Novembre 2015

Voilà un livre surprenant, qui cache bien son jeu derrière un titre et une couverture qui s’expliquent au fur et à mesure de la lecture.
La description, par l’auteure, de la bonne société du 19éme siècle finissant est saisissante. En pleine affaire Dreyfus, la société étouffe sous le poids des préjugés, des conventions, de la religion brandissant un Dieu vengeur à tous propos, de l’hypocrisie générale. Les femmes y sont livrées par la loi au bon vouloir de leur mari ou de leur père.
Les descriptions de l’incendie font froid dans le dos par leur réalisme, tout comme celles des méthodes "modernes" des aliénistes.

Trois femmes en butte à une certaine forme d’ostracisme, du fait de la malveillance de certain(e)s et de ce que leur caste croit savoir de leur passé, se retrouvent à tenir le comptoir n°4 aux traditionnelles ventes du Bazar de la Charité.
Le tragique incendie qui s’y déclare le 4 mai 1897, il fera 121 morts (110 femmes, 6 hommes et 5 corps non identifiés) la plupart étant des femmes charitables issues de la haute société parisienne, va bouleverser leur destin et les libérer d’une certaine façon du carcan sociétal à l’intérieur duquel elles étouffent et s’étiolent.
La plus connue, et la seule qui ait réellement existé, est la charismatique et très charitable duchesse d’Alençon. Membre de la Maison royale de Bavière, sœur de l' Impératrice d'Autriche (la célèbre Sissi) et de l'ex-Reine des Deux-Siciles, petite-fille par alliance du Roi des Français, Louis-Philippe Ier, elle vient de fêter ses cinquante ans. Sa libération du carcan évoqué sera la plus radicale et la plus horrible. Elle y mourra. La seule des trois : "la part des flammes" !
La comtesse de Raezal, très jolie veuve à la réputation décriée, et la jeune Constance d’Estingel, jeune fille désorientée, prise entre le prosélytisme des sœurs du couvent où elle a été élevée et le « snobisme » de sa peu aimante mère, survivent au drame plus ou moins grièvement brulées.
Elles pourront s’affranchir de tous les préjugés et se réaliser en tant que femme, la première en prenant fermement sa vie en main et la seconde grâce à l’amitié de la comtesse, au dévouement d’amies de feu la duchesse d’Alençon et à l’amour.
Un récit agréable à lire, offrant de beaux portraits de femmes, où l’on rencontre quand même quelques hommes fréquentables.

Didier

 

Éditions Héloïse d'Ormesson - mars 2015   

492 pages.

S'il était irréel qu'une créature aussi raffinée que l'homme pût frire comme une côte de bœuf, le voir de ses propres yeux, c'était mordre par surprise dans le fruit de l'arbre de la connaissance. Un poison entrait dans la tête et le corps, qui vous changeait à jamais.

Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. La Part des flammes est son deuxième roman après L’Ancre des rêves, 2007 chez Robert Laffont, récompensé par le prix Encre Marine. Elle est également l’auteur d’un document sur le Rugby et d’un recueil de nouvelles, L’homme dérouté.

http://gaellenohant.com/biographie/

Rédigé par Bibliothèque Pour Tous

Publié dans #Actualités, #Livres adultes

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